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GUILLAUME TELL
citoyen du monde

 

La Société genevoise d'utilité publique (SGUP)
a eu le plaisir d'organiser la conférence donnée par

le Professeur ALFRED BERCHTOLD

"Mes rencontres avec Guillaume Tell
de la 8e à la 80e année"

donnée à l'occasion de la sortie de son livre

Guillaume Tell, résistant et citoyen du monde

paru aux éditions Zoé

le mercredi 1er décembre 2004 à 18h30

Auditoire Rouiller, Uni Dufour
(r. Général-Dufour 24, Genève)

Merci aux éditions Zoé
pour leur participation à l'organisation de cet événement

Editions Zoé
Rue des Moraines 11
1227 Carouge
www.editionszoe.ch

 

 

 

 

 

Mesdames, Messieurs,

A vrai dire, j’aurais dû le rencontrer dès ma naissance. En effet, en 1925 a paru un ouvrage allemand, que je devais utiliser bien plus tard, sur la carrière et le message politique du Tell de Schiller. On y voyait combien ce drame était présent politiquement en terres germaniques depuis les combats de libération de l’Allemagne contre l’hégémonie napoléonienne, en passant par le bouillonnement et les espoirs libéraux de 1848, jusqu’aux deux guerres franco-allemandes et l’occupation toute fraîche de la Ruhr en 1923 par des troupes franco-belges. Expression tour à tour d’aspirations démocratiques et de nationalisme belliqueux. – J’aurais dû alors … mais dans mon berceau montmartrois, à deux pas du Moulin de la Galette, hélas, je ne lisais pas encore l’allemand.

Or, l’histoire de Tell, parmi d’autres histoires, devait m’être racontée bientôt, dans sa simplicité première, sans prolongements politiques. Et, à l’école communale de Montmartre, à l’ombre du Lapin A. Gill, mon bon maître, M. Nétillard, me sachant épris d’histoire, me demanda de faire à la classe le récit du fameux tir à la pomme. Hélas, à peine avais-je parlé d’un chapeau planté sur une perche, qu’une clameur s’éleva (clameur moins tonitruante que celle qui m’accueillit un matin de grande froidure où ma mère m’avait contraint à remplacer mon béret basque de service par un bonnet de laine tricoté, avec pompon. Souvenir cuisant : toute l’école agglutinée autour de moi, déchaînée par un exotisme alors intolérable. Exemple de l’effet sur une foule indigène d’un couvre-chef étranger !). Revenons à Gessler. Le maître me corrigea sèchement : il ne s’agissait pas, sur la perche, d’un chapeau, mais d’un drapeau. Vérité au deçà du Jura, erreur au delà. Bien sûr qu’à la maison, où je rentrai déstabilisé, on me rassura. Mais sans me dire que ce chapeau emblématique avait déjà connu des avatars.

Comment expliquer le passage frappant, notamment au temps de la Révolution française, du chapeau de Gessler, emblème de la tyrannie, au chapeau de Tell, symbole de la liberté ? Retournement du pour au contre. Et vous vous souvenez peut-être (ou peut-être pas) qu’au moment (1798) où les territoires tessinois anciennement sujets des cantons durent choisir entre le rattachement à la République cisalpine italienne et leur maintien dans notre Confédération, le bonnet phrygien symbolisait, sur les arbres de la Liberté, la première option, tandis que le chapeau de Tell, sur d’autres arbres, manifestait le désir, finalement comblé, d’être à la fois Liberi e Svizzeri.

A peu près à la même époque, vers 1934, mon père m’emmena au cinéma voir le film tout récent Guillaume Tell, réalisé par l’entreprise germano-suisse Terra, et tourné en grande partie à Ernen, en Haut-Valais. C’est l’amie de Goering et bientôt son épouse, Emmy Sonnemann, qui incarnait Mme Tell. Toutes les « grosses légumes » du parti, le Führer en tête, assistèrent à Berlin à la première. Film tendancieux sans doute. Je ne crois pas l’avoir perçu ainsi, pas plus que tels critiques suisses d’alors, pourtant au-dessus de tout soupçon.

 * * *

Quelques années plus tard, c’était la guerre, qui nous retint en Suisse, ma mère et moi. A l’inoubliable Exposition nationale de Zurich, je revois le Tell adapté de Hodler en tête d’une vaste fresque consacrée aux grands moments de l’histoire suisse. Il ne devait guère me préoccuper dans les années suivantes, aimanté que j’étais par les évènements internationaux, les émissions de la radio anglaise, les nouvelles de France où était resté mon père. Un souvenir fort : la participation à la fameuse Landsgemeinde de la jeunesse réformée alémanique au Hallenstadion d’Oerlikon, au cours de laquelle le conseiller fédéral von Steiger, violemment pris à partie par le prédicateur du jour à propos de la politique des réfugiés, lâcha la formule : Lorsque la barque est pleine

Mes lectures étaient par ailleurs multiples, notamment celles d’auteurs pacifistes de la Première Guerre mondiale. Nombreux, les textes classiques proposés par notre maître d’allemand. Je m’astreignais à la rédaction de comptes-rendus souvent détaillés. Je retrouve ainsi, avant un commentaire du film La grande Illusion, dix-sept pages serrées, datées de décembre 1943, consacrées au drame de Schiller. Peu suspect à cette époque d’helvétisme délirant, mon admiration éclate à tous moments. L’actualité stupéfiante de certains passages me saisit ; ils sont imprimés en caractères gras dans l’édition que Gottlieb Duttweiler, le fondateur de la Migros, a offerte en 1941 à la jeunesse suisse (130'000 exemplaires). Et pour que le message fût explicite, on pouvait lire sur la page 4 de la couverture : « Confédérés, tout en gardant Tell dans votre cœur, ayez quelque part la seconde flèche bien prête. »

Lorsque Schiller fait dire à un jeune homme tenté par la collaboration : « Ailleurs il se passe de grandes choses ! Il faut savoir se rallier à un chef puissant ! », je notais : « éternels arguments des Quislings ! » (Quisling, ce nom d’un collaborateur norvégien marquant, devenu le symbole de tous les collaborateurs). – J’étais fortement impressionné par le rendu de l’atmosphère, du climat des Waldstätten de la part d’un poète qui n’avait jamais mis les pieds dans notre pays et j’admirais en même temps le voyageur Goethe qui avait su donner aux récits de ses excursions en Suisse centrale une telle couleur, un tel relief que Schiller en avait été imprégné. « Richesse », « plénitude », voilà ce que je ressentais.

Et j’abordais le problème du mal, du crime – en commentant la suppression, dans l’édition Duttweiler comme dans les représentations d’alors, de la scène confrontant Tell à un autre meurtrier, Jean le Parricide, qui n’avait tué son oncle, le roi Albert de Habsbourg, que par vengeance personnelle et pour des intérêts matériels lésés. Et pourtant, m’écriai-je après tant d’autres, cette scène est nécessaire ! – Débat qui remonte à la création de la pièce, avec prises de positions contradictoires de Goethe, de Mme de Staël … avant Friedrich Dürrenmatt. Problème central du lien entre violence et liberté, de l’opposition ou de la parenté profonde, quoique inavouée, entre le juste et l’injuste, le libérateur et le meurtrier.

 * * *

Quelques années passent. Me voici à Genève, sans plus penser à Tell. Le professeur Marcel Raymond ne le citait guère. J’étais tourné essentiellement vers la littérature française et bientôt – après des conférences fulgurantes de René Huyghe à l’Athénée – fasciné par l’histoire de l’art et des artistes… Vint un autre coup de foudre : la découverte fortuite, par un article de Gonzague de Reynold (dont je ne savais rien alors et dont nous ne discuterons pas ici les options politiques), de l’existence d’une histoire culturelle suisse originale. Découverte pour moi décisive, qui allait aimanter mes activités, mais qui s’assortissait d’une réaction contre certaines images folkloriques traditionnelles. Oui, j’allais spontanément à Paracelse et Thomas Platter, Gotthelf et Vinet, Hodler et Vallotton, Ramuz et Blaise Cendrars, et non à Guillaume Tell.

Mais, mine de rien, celui-ci ne se laissait pas oublier. Ici et là, si j’ose dire, son arbalète montrait le bout du nez.

 * * *

1951. A côté de mon enseignement, j’écrivais pour le Journal de Genève des articles sur les publications de Suisse allemande. J’eus à parler, sans l’avoir choisie, d’une étude sur les différents drames consacrés en Suisse à Tell au cours du premier tiers du XXe siècle. Floraison inattendue, à commencer par les œuvres vaudoises de René Morax et Fernand Chavannes, suivies d’œuvres alémaniques, parfois insolites, agressives, paraissant au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la Révolution russe. Interprétations modernes, diverses, où apparaissait notamment une chose : On sait que l’acte individuel de l’Uranais Tell prend tout son sens par son insertion dans l’action civique raisonnée, collective, des hommes du Grütli, ce qui distingue son histoire de toutes les autres histoires de tireurs de pommes mis à l’épreuve, notamment dans les légendes nordiques ; en Suisse elle s’insère dans la construction d’une communauté politique. Or, dans les pièces modernes, les relations de Tell l’individualiste, voire le Fou comme dit Chavannes, avec les politiciens qui tentent de l’utiliser, sinon de le manipuler, ne sont pas de tout repos. Le conflit Tell-Stauffacher peut relayer le conflit Tell-Gessler. Conflit de classes, conflit aussi de l’ « artiste » et du « bourgeois ».

 * * *

Je ne m’attardais pas, préoccupé que j’étais de la lente élaboration de ma thèse sur La Suisse romande au cap du XXe siècle qui devait paraître en 1963. Certes, j’y parlais entre autres de Chavannes et de Morax et donc, tout naturellement, de leur Tell. Mais sans insister.

Et les années passèrent – neuf ans de régime sans Tell – lorsque tout à coup me vint d’un éditeur bernois la proposition de prêter mon concours à un ouvrage collectif sur la genèse et le développement du mythe de Tell. On conviait plusieurs auteurs à entourer de propos si possible sensés le dossier iconographique réuni par une Américaine au grand cœur, épouse d’un Suisse : Lilly Stunzi. Elle tint à me rassurer : ces textes obligés n’étaient pas très importants, le public s’intéressant essentiellement aux images ! On me proposa le thème : Tell et la Suisse romande. Je répondis que dans ce domaine j’avais déjà donné et proposai de traiter Le cheminement de Tell, à travers l’Europe, notamment au XIXe et au XXe siècle.

Besoin d’élargissement, d’ouverture. Il fallait faire vite. J’avalai en peu de temps une documentation considérable et fournis en allemand ma contribution à l’ouvrage paru à Berne fin 1972.

Sans entrer dans les détails, voici quelques éléments qui m’ont alors frappé :

D’abord le mystère des origines de notre héros, les zones d’ombre autour des premiers récits, qui n’étonnent pas ceux à qui sont familiers, vus par exemple du Righi, les jeux d’ombres et de lumière du lac des Quatre-Cantons, gommant et faisant ressortir tour à tour les éléments d’un paysage par ailleurs inoubliable. Selon les sources, Tell est le premier des Confédérés, qui fait répéter aux autres – femmes comprises – la formule du serment, ou au contraire un outsider jouant sa propre partition et risquant de compromettre par son action individuelle (le meurtre de Gessler) la réussite de l’œuvre commune. Mystère de la diffusion immédiate d’un récit apparaissant six ou sept générations après les événements supposés, alors que très tôt, dès le XVIe siècle, des doutes s’exprimèrent de la part d’écrivains critiques. Impressionnant, le franchissement rapide des barrières politiques, confessionnelles, linguistiques, Genève entendant raconter l’histoire de Tell en français, par un Gascon, peu avant l’Escalade.

Me frappa ensuite le fait qu’avant Schiller déjà Tell était bien présent en Europe occidentale et cité dans les jeunes Etats-Unis comme en Russie. Certes Schiller orchestrera, universalisera le thème, mais le périple européen et plus qu’européen de notre tireur était, avant lui, bien engagé.

Stimulantes et variées, surtout au XIXe siècle, les réflexions de voyageurs en Suisse, qu’on aimerait citer, comme tant d’autres textes, pour leur beauté ou leur humour : de Chateaubriand à Victor Hugo, d’Alexandre Dumas à Tartarin de Tarascon. Sans parler des propos acides du premier collaborateur de Marx, Friedrich Engels, alors que les anarchistes, à commencer par Bakounine réfugié dans notre Jura, le citeront volontiers comme un précédent. Et l’un des témoins les plus éloquents de l’inauguration de la statue du Tell d’Altdorf, en 1895, s’appelle Georges Clemenceau.

Le débat critique des historiens se poursuit à travers les siècles jusqu’au seuil de la Seconde Guerre mondiale où une thèse pro-tellienne conforte les militants de la défense spirituelle du pays. Ceci alors qu’Hitler, en 1941, se détourne brutalement de Tell qu’il citait encore dans Mein Kampf. Il le met à l’index.

Après 1945, le climat se modifie. En Europe, que de statues déboulonnées ! A l’exaltation tellienne favorisée par la malice des temps succède une réaction critique, désabusée, voire agressive, où telles interprétations sont retournées du pour au contre, où, face au brave homme Gessler, les Waldstätten fanatisés entonnent sur l’air nazi du Horst Wessel Lied l’édifiant discours du Grütli :

Nous voulons être un seul peuple de frères …

   Wir wollen sein ein einzig Volk von Brüdern ...

 Enfin, dans le Tell pour les écoles de Max Frisch, Tell démystifié est vu à travers les lunettes de Gessler, cependant que chez le grave Espagnol antifranquiste Alfonso Sastre un Tell aux yeux tristes, qui a tremblé en tirant et tué son fils tendrement aimé, ne voit venir après le meurtre du tyran que des lendemains qui déchantent.

 * * *

Moins d’un an après la version allemande, fin 1973, les éditions Payot présentaient la version française de l’ouvrage Stunzi et Cie sous le titre Quel Tell ? Je me chargeai de traduire et d’amplifier mon propre chapitre. Rassurez-vous, je vous épargnerai un déballage intempestif de mes découvertes, me bornant à trois points :

D’abord le rappel du dialogue (ou de l’antithèse) du fou et du sage, du téméraire et du pondéré, présent à plus d’un tournant de notre histoire politique et culturelle : après Tell et Stauffacher, Paracelse d’Einsiedeln, l’homme de toutes les démesures, et le sage érudit zurichois Conrad Gessner ; Pestalozzi, traité de fou, de saint, de chien, et le pédagogue fribourgeois si équilibré Grégoire Girard ; Henry Dunant le visionnaire et l’organisateur méthodique Gustave Moynier.

Deuxième point : l’ouverture sur l’Orient extrême, puisque le sculpteur du Tell d’Altdorf fut appelé à ériger à Manille le monument en l’honneur du héros du soulèvement philippin José Rizal, médecin patriote, traducteur de Schiller, fusillé à 35 ans par l’occupant espagnol.

Troisième point, d’actualité celui-ci : Comment n’être pas sensible en 1973 au climat contestataire de l’après - 68, époque où je donnais aux futurs pédagogues un cours (rassurez-vous : très sage !) intitulé Prométhée à travers les siècles, ou la contestation permanente ? Les interprétations contemporaines de Tell se ressentaient des remous de l’époque et l’on assistait notamment à la rébellion du Fils de l’archer.

Souvenez-vous : nous avons rencontré, au début de notre histoire, trois alliés contre le tyran : Tell, son fils et le groupe de Stauffacher. Nous nous rappelons avoir vu, dès le début du XXe siècle, l’opposition entre le groupe des officiels et l’outsider, l’anarchiste, l’artiste Tell (opposition à vrai dire déjà sensible à tels moments du drame de Schiller). Mais le fils, jusqu’ici, restait soumis, aimant, confiant envers son père comme le fils d’Abraham. Or aux alentours, aux lendemains de mai 68, l’adolescent qui a grandi prend ses distances du père. Il ne se laisse plus faire, il propose à son père, qui, lui, a perdu son assurance, de descendre de son piédestal, voire d’échanger les rôles …

Ceci, je l’écrivais en 1973 sans connaître encore tel fils de Tell roumain et bientôt tel fils de Tell cubain tenant à leurs géniteurs un discours âprement contestataire, que je cite dans le Tell d’aujourd’hui.

 * * *

De nouveau des années passèrent. Pensant avoir définitivement pris congé de Tell, je me tournai vers des personnalités de théologiens, de pédagogues, de peintres, mais surtout vers l’humanisme bâlois traversant les siècles. Il m’arrivait, ici ou là, de tomber sur le nom de l’Uranais, mais je croyais qu’il ne me concernait plus. J’ai pu ainsi laisser filer quelques renseignements que je ne retrouverai jamais. Toutefois il m’arrivait de m’interroger : comment, dans mon index tellien, ni Michelet, ni Romain Rolland ? Il était inconcevable que le nom de Tell ne fût tombé un jour ou l’autre de leur plume. Or, vous savez bien, Mesdames, Messieurs, d’une part que l’histoire est une science approximative, mais d’autre part que lorsqu’un historien a besoin d’un fait pour étayer sa thèse, il finit par le trouver. Effectivement Michelet et Romain Rolland avaient cité Tell, le second même à plus d’une reprise. Mais que faire de telles découvertes ? N’est-ce pas Lucien Febvre qui exigeait que l’historien soit autre chose qu’un fouilleur de poubelles rassemblant des pièces dépareillées – ou, pour user d’une image plus noble, disons : disséminées, comme ces protestants que soutient une société dont j’ai évoqué un jour l’attachante histoire ? Je me remis à publier des portraits, du mathématicien Euler au général Dufour. Je me remis aussi à penser à Tell, mais sur une plus grande échelle, découvrant des études sur sa présence au Japon, en Chine, au Vietnam, comme en Turquie, en Roumanie, en Hongrie. A propos de Hongrie, connaissez-vous ce poème du poète engagé Sandor Petöfi, héros de 1848, tombé sous les balles à l’âge de vingt-six ans :

       L’âme est immortelle, je le crois,

        Mais elle ne se transporte pas dans un autre monde.

       C’est ici-bas, sur terre, qu’elle demeure,

       C’est sur terre qu’elle vit, qu’elle voyage.

 

       Entre autres, il me souvient

       Qu’à Rome je fus Cassius,

       En Helvétie Guillaume Tell,

       A Paris, Camille Desmoulins...

       Ici peut-être serai-je aussi quelque chose.

 

Il ne fallait pas laisser s’oublier de telles rencontres, s’évaporer de tels témoignages. Il fallait reprendre Tell en main. Or voici que d’autres tâches, apparemment plus urgentes, m’appelaient. Il n’existait pas (souvenez-vous de la polémique autour du billet de 1000 francs) de biographie en français du grand historien bâlois Jacob Burckhardt. Je m’y attelai. Pour revenir à Tell. Mais le cinquantenaire de la mort d’Emile Jaques-Dalcroze appelait une biographie mise à jour. Je m’en occupai. Pour revenir à Tell. Et voici que nous frappa durement la mort de notre ami Claude Richoz, aux dons si divers, à la personnalité si riche. Ses amis me demandèrent d’évoquer sa mémoire. Je le fis. Pour revenir encore une fois à Tell et, cette dernière fois, ne plus le lâcher.

 * * *

Oui, Mesdames, Messieurs, ne plus lâcher notre héros ; mais au contraire, heureux et avide de rencontrer tant de figures originales de peuples divers qui se reflèteront dans ses eaux, suivre le fleuve tellien à partir de sa source ou de ses sources, diverses comme celles du Rhin,  le suivre pendant un demi-millénaire, évoquer l’avalanche, le fœhn, les tempêtes dans le fjord d’Uri, l’époque des guerres de Bourgogne où se fixèrent les premiers témoignages écrits, visiter les chapelles consacrées à un héros pourtant guère canonisable ; découvrir son image dans la Bible réformée de Zwingli ; retrouver sa parenté lointaine, des deux Brutus romains à l’archer danois Toko provoqué par le roi Harald à la Dent bleue ; voir notre héros contesté publiquement par des historiens critiques l’année même (1760) où l’on retrouvait ce Pacte de 1291 qui permet de raconter une autre histoire ; entendre Tell chanté même en romanche sur la mélodie de l’hymne néerlandais Wilhelmus, c’est-à-dire Guillaume d’Orange Nassau; accompagner les voyageurs anglais en Suisse, avant de retrouver l’Uranais au cœur de la Révolution française, évoqué par Vergniaud, Robespierre, Saint-Just, le voir patronner une section de Sans-Culottes, donner son nom à telle localité française et revenir en Suisse sous la forme d’une prière importée par l’occupant français …

Ecoutez le Pater d’un Suisse vraiment libre :

« Guillaume Tell, qui es le fondateur de notre liberté,

Ton nom soit sanctifié en Suisse,

Ta volonté soit faite chez nous, à présent comme du temps où tu terrassas les tyrans ;

Donne-nous aujourd’hui ton courage et ta valeur,

Et pardonne-nous la couardise avec laquelle  nous nous sommes laissés dépouiller peu à peu de nos droits,

Comme nous pardonnons à tous nos Baillis et Préposés qui ont été la cause de la perte de notre liberté ;

Ne permets point que nous soyons opprimés à l’avenir

Et délivre-nous à jamais de tout genre d’esclavage.

Alors T’appartiendra la gloire et l’honneur

Et à tous les Suisses la liberté et l’égalité.

                                               Amen. »

Tandis que, sur le sol helvétique, comme cela se verra plus tard sous d’autres cieux, partisans et adversaires des idées nouvelles ont d’également bonnes raisons de se réclamer de lui, à Weimar, bientôt, Friedrich Schiller, qui, je le rappelle, n’a jamais mis les pieds en Suisse, écoute si attentivement les récits de Goethe et lit de si près nos vieilles chroniques qu’il en est pénétré et qu’il donne au monde, le 17 mars 1804, le drame que nous verrons traduit et représenté à travers toute l’Europe avant d’être lu à Manille, mis en scène au Japon, en Chine, en attendant les traductions au Vietnam en guerre, sans parler de la Turquie de Mustapha Kemal Atatürk.

En France, l’entourage de Mme de Staël a fait beaucoup pour sa diffusion. Stendhal en dit les mérites avant que l’Opéra de Paris ne vibre à l’ouverture tour à tour bucolique et cavalcadante de Rossini, musicien du roi, renté par lui, le moins révolutionnaire des hommes, mais qui reconnaît qu’il pourrait dans certaines circonstances descendre dans la rue avec un fusil… non chargé.

Autres accords musicaux. On l’a dit, la Chapelle de Tell, évoquée par Liszt dans ses Pèlerinages en Suisse, acquiert des dimensions de cathédrale.

Cependant que le dialogue Tell-Washington, évoqué par Lamartine et Tennyson, est plus d’une fois repris, les peuples secoués par l’espoir de l’indépendance, Hongrois, Roumains, Polonais (les peuples, ou plutôt certains de leurs représentants), prennent courage en écoutant Schiller ou son prédécesseur français le doux fabuliste Florian dont le récit épique composé en prison sous la Terreur connaît de nombreuses traductions, allemande, anglaises, italienne, russe, roumaine, grecque …

Les peuples, mais aussi tel souverain, comme le romanesque Louis II de Bavière, pèlerin du Grütli, où il rêve de faire construire un de ces châteaux dont il a le secret, en imaginant d’autre part, près de la Tellsplatte, un monument commémorant le saut, de la taille de la statue de la Liberté de New York, sous lequel (sous les jambes écartées du gigantesque héros) les navires de la flotte du lac des Quatre-Cantons pourraient voguer sans crainte.

L’Allemagne de 1870, je l’ai dit déjà, célèbre sa victoire aux accents de Tell. Le grand romancier Theodor Fontane en rend compte comme critique théâtral. Ce descendant brandebourgeois de huguenots français est très curieux de la situation sur le terrain dans sa patrie d’origine. Il se rend notamment à Domrémy sur les traces de Jeanne d’Arc. Arrêté par les Français au Café Jeanne d’Arc, il subira l’internement. Libéré, il rentrera en Allemagne par la Suisse où, lorsqu’il verra du train, sur territoire genevois, l’enseigne Café Guillaume Tell, il se sentira en sécurité. Beau trajet, du Café Jeanne d’Arc au Café Guillaume Tell !

Oui, que de périples telliens s’offriraient à nous, que de témoignages souvent émouvants de traducteurs, de critiques, aux heures difficiles, parfois cruciales, que traversent  leurs pays européens ou asiatiques, et où le parallélisme entre leur situation et celle des Confédérés dans la vision schillérienne s’impose à leur regard !

N’oublions pas le continent sud-américain et suivons par exemple les émigrants tessinois en Argentine, en Uruguay, au Paraguay. Dans ce pays où les Jésuites avaient tenté d’instaurer leur colonie chrétienne sociale, c’est le pionnier tessinois Mosé Bertoni qui édifie à son tour une éphémère colonie idéaliste du nom de Guillaume Tell, à l’heure ou l’humoriste du Mississipi Mark Twain, découvrant le Grütli, estime que c’est un lieu pour lequel il vaut la peine de franchir des Océans. L’admirateur de Tell Mark Twain précise que le premier Tell, le vrai porteur de liberté, c’est Madame Stauffacher, la vaillante Gertrude, qui, en arrachant son époux à sa léthargie, déclencha tout le processus de libération.

Au XXe siècle, on voudrait citer les théoriciens et praticiens marxistes Plekhanov et Trotzki discutant, à propos de Tell, de la validité ou de l’inefficacité de l’acte terroriste individuel.

On voudrait reprendre les interprétations de Salvador Dalí, identifiant Tell à Lénine et à son père, un père quelque peu ogre – voire castrateur – sur les bords ( on pense à un titre de Jacques Chessex), qui évoquerait plutôt la fontaine du Kindlifresser de Berne que le monument d’Altdorf.

Nous l’avons dit, au temps du nazisme et particulièrement de la Seconde Guerre mondiale, Tell joue sa partie dans la défense spirituelle du pays encerclé. Il est à l’arrière-plan du film de résistance Landammann Stauffacher de 1941 qui prolonge les échos du discours du Grütli du général Guisan. Tourné sans subventions par le réalisateur immigré Lothar Wechsler qui y investit tous ses biens, ce film montrant la résolution d’une petite communauté de résister coûte que coûte aux velléités d’Anschluss d’une puissance à la supériorité numérique écrasante, ce film historiquement discutable, la Suisse a le culot sublime de l’envoyer en 1942 au Festival cinématographique de Venise, au milieu de toutes les œuvres de l’Europe asservie.

Or, je l’ai dit, au même moment, Hitler ne veut plus entendre parler de Tell et se répand en propos particulièrement agressifs contre la Suisse. D’aucuns se sont demandé s’il y avait un lien entre ce revirement et l’expérience d’attentats manqués, parmi lesquels celui du Neuchâtelois Bavaud, décapité à Berlin.

Pourtant quelle ferveur avait accueilli à la fin des années trente les représentations en terres germanophones « libérées », ramenées au Reich par les nazis – ferveur comparable, en sens contraire, à celle suscitée par le serment du Grütli prononcé au Schauspielhaus de Zurich, ce théâtre de la liberté, par des acteurs réfugiés allemands, juifs, socialistes, communistes, transmettant leur flamme antinazie au public helvétique !

A la « défense spirituelle » du temps de guerre succédèrent les années de réactions critiques et parodiques que j’ai évoquées il y a quelques instants, les campagnes anti-mythes (si j’ose dire) qui soumirent le passé et le présent helvétiques (politique des réfugiés, affaire Kopp, affaire des fiches, etc.) à un questionnement sans indulgence, Tell faisant ici plus d’une fois figure de bouc émissaire, et sa pomme devenant le symbole du péché originel helvétique. Il ne semblait parfois rester d’elle que ce que Jacques Prévert, au terme de ses variations sur le Serment du Jeu de Paume et le Serpent du Jus de Pomme, appelle « les terrifiants pépins de la réalité ».

Mais la longue histoire que nous suivons des yeux est plus forte que les courants d’air de l’actualité. Que le vieux récit soit revisité par l’historien Jean-François Bergier dans sa biographie à l’audace prudente et à la prudence audacieuse, qu’il soit réinterprété à l’heure de la chute du mur de Berlin par un metteur en scène inspiré, de la République démocratique allemande, et l’on en mesure à nouveau la vitalité, la force de frappe.

Certes, son imitation littérale peut faire des victimes, dans des jeux de cirque ou de music-hall, ou lorsque un représentant majeur de la génération beat de l’underground américain, l’écrivain William Burroughs, « joue à Tell » en état d’ébriété, et tue sa femme en voulant atteindre la flûte de whisky qu’elle agitait sur sa tête.

 * * *

Vous le voyez, Mesdames, Messieurs, la fréquentation de Tell n’est pas de tout repos. Loin de nous confiner dans nos alpages, elle nous ouvre les chemins du monde jusqu’au vertige, elle appelle la confrontation à d’autres destins, l’évocation d’autres figures tutélaires. Ouverture donc et non pas repli sur soi-même. Mais au terme du périple il faut bien faire retour sur nous-mêmes et nous situer face à notre personnage.

Il demeure une force, un appel à la vaillance, un des témoins de la liberté dans l’histoire vécue ou rêvée de l’humanité. Oui, comme l’écrivait en 1943 le pédagogue humaniste Louis Meylan : « une force libérant dans le cœur de l’homme le courage qui le fait homme », « une forme ou une fonction éternelle de l’être humain ».

Attention, toutefois ! Cette image à elle seule ne saurait suffire à représenter, à symboliser une communauté nationale ; elle appelle un complément, un dépassement. D’emblée on l’a senti. C’est, je l’ai dit, par l’action raisonnée de l’association du Grütli que le geste, la geste de Tell le solitaire prend sa pleine signification. Tell sans Stauffacher, c’est la loi de la vendetta, qui précède l’Etat de droit. Bientôt l’on confrontera, jusque sur la fresque d’une chapelle de Tell, notre héros avec le saint ermite Nicolas de Flue : le tireur avec le porteur de paix. Quelques siècles plus tard, les Festspiels soutenant le moral des Suisses en 1939, en 1941, au temps de la pire menace, célèbreront d’un même souffle le courage de Tell et l’amour du prochain de Pestalozzi ou d’Henry Dunant.

Tell et … c’était là le mot d’ordre, d’autant plus compréhensible aujourd’hui que l’actualité nous présente jour après jour des tireurs, des « justiciers », des vengeurs dont la détermination sans complexes fait frémir. Le lien étroit entre les libertés, les autonomies revendiquées et  le sang versé apparaît sans fard, nous rappelant le réalisme terrible de l’histoire collective et individuelle – non seulement politique, mais aussi culturelle et religieuse – qui s’est rarement faite sans culpabilité assumée, sans destins sacrifiés, sans participation de la violence, du mal. Les pèlerins de Rome utilisaient le Pont-du-Diable comme on utilise aujourd’hui des tunnels auxquels leurs constructeurs payèrent un lourd tribut.

A propos : d’aucuns n’ont-ils pas considéré le « forgeron du Gothard » qui ouvrit le passage des Schöllenen – plus court trajet entre le Nord germanique et le Sud latin – comme le fondateur mythique de la Confédération, plus évident que Guillaume Tell : le lancement d’un pont étant  (sans jeu de mots) d’une autre portée que l’envoi d’une flèche ? Le mythe du Grütli ne suppose-t-il pas le mythe du Gothard ? Ils sont vitalement complémentaires.

Complémentarité des gestes de défense et d’ouverture. Répétons-le, Tell et … Pourquoi pas Tell et l’un des nombreux constructeurs de ponts, au sens propre comme au sens figuré, issus de ce pays, jusqu’à la personnalité lumineuse de notre jeune contemporain Toni Rüttimann, « Toni el Suizo », si dépréoccupé de lui-même, appelant les hommes à l’échange, à la rencontre d’un bord de fleuve à l’autre, en Amérique latine comme en terres asiatiques. – Mais ici s’ouvre une autre histoire …

Alfred Berchtold

BOURGEAU & MOËNNE-LOCCOZ
Conférence de Paul Guichonnet

 

Conférence de Paul Guichonnet consacrée
aux deux botanistes exceptionnels de la Haute Savoie,
Eugène Bourgeau, (1813-1877) et
Joseph Moënne-Loccoz, dit "Timothée" (1823-1900)
nés à Brison .

Cette conférence a été donnée le 21 octobre 2004
à la salle communale de Chêne-Bougerie

 

Avec la collaboration de la SGUP et celle du Conservatoire botanique de Genève, cette réunion était placée sous le double signe de l'amitié et de la collaboration régionale de Genève et de la Haute Savoie. Représentant la Commune de Brison, son maire Jean Rivollet et du côté de Chêne-Bougeries, son conseiller administratif, Claude Rivoire, qui s'intéresse depuis longtemps à la botanique.

Le but de la conférence était de retracer la vie des deux personnages savoyards, dont les itinéraires furent bien différents mais dont les qualités remarquables ont permis à chacun, à sa manière, de contribuer au développement de la botanique de cette époque.

En 1990, le professeur Jacques Miège, ancien directeur des Jardin et Conservatoire botaniques de Genève (1964-1979), décédé en 1993, avait consacré une conférence, dans le cadre de l'association des Amis du Vieux Brizon, à ces deux botanistes du passé. Il évoqua les liens particuliers qui unirent l'un d'entre eux, Timothée Moënne-Loccoz avec les savants botanistes genevois, Augustin-Pyramus et Alphonse de Candolle (dont les descendants vivent encore à Chêne-Bougeries), Georges Reuter et Edmond Boissier, auxquels il fournissait régulièrement des plantes. Il faut rappeler que Timothée faisait à pied le trajet séparant Brison de Genève ! Ces spécimens figurent encore de nos jours dans l'Herbier Boissier, visible au Conservatoire botanique de Genève, avec d'autres herbiers aussi célèbres mondialement.

Eugène Bourgeau, dit "Gène à Berou", également d'origine modeste, fut remarqué par des savants français, comme Serynge, directeur adjoint du Jardin botanique de Genève puis directeur du Jardin botanique de Lyon. Ils lui confièrent des missions de "voyageur  collecteur". C'est ainsi qu'il parcourut de monde, du Canada (Montagnes Rocheuses) à la Turquie, en passant de l'Espagne à l'Oranie, de la Corse au Mexique, etc. avec les moyens de transport de l'époque !  Il fut apprécié pour la qualité et la quantité des échantillons qu'il rapportait, condition indispensable pour leur conservation dans les herbiers, qu'il enrichit considérablement.

Si la réussite d'Eugène Bourgeau fut remarquable, la carrière de Timothée Moënne-Loccoz n'a guère quitté les contours familiers de ses horizons montagnards. Néanmoins, l'un et l'autre avaient en commun bien des qualités: une origine humble et une vie rude, d'où la nécessité d'échapper à une condition misérable, un sens de l'ouverture vers l'extérieur et un intérêt non négligeable pour toute activité permettant de gagner de l'argent… "en bons Savoyards" soulignera malicieusement Paul Guichonnet.

Ce dernier, historien remarquable et conférencier passionnant, avait planté, avant de parler des deux Brisonniers, le décor de cette Haute Savoie du 19ème siècle, offrant aux Genevois un espace de découverte de la nature et de ses nombreuses richesses, ainsi qu'un terrain de recherche pour scientifiques, au premier rang desquels se distinguent botanistes et géologues.

Il évoqua aussi les relations entre la République de Genève et la Monarchie de Turin , dont relevait la Savoie dans la seconde moitié du 18ème siècle. Elles avaient été longtemps altérées par des antagonismes religieux, après la Réforme. Ensuite, pour les populations, des échanges permirent d'établir des relations qui profitèrent à Genève et à la Savoie, sur les plans commerciaux, scientifiques et culturels.

Paul Guichonnet rappela que Brison, perché à 1000 mètres d'altitude, avec des alpages qui s'élèvent jusqu'à 1700 mètres, est un village qui entra dans l'histoire naturelle de la Savoie avec la description qu'en donna Horace Bénédict de Saussure, dans ses célèbres "Voyages dans les Alpes", qui paraissent dans la dernière décennie du 18ème siècle.

C'est dire que le passé de Brison est riche en découvertes, non seulement pour les botanistes mais aussi pour les géologues. Nous apprenons, grâce à Roland Moënne-Loccoz, qu'un bloc erratique fut déposé sur le plateau de Solaison (au-dessus du village de Brison) par le glacier du Mont-Blanc. C'est encore  Timothée Moënne-Loccoz qui pilota le géologue genevois Favre dans ses prospections et milita pour la conservation de ce bloc, menacé de devenir un bassin pour les vaches !

Heureusement, le bloc est intact ainsi que les tourbières de Solaison qui font l'objet, actuellement d'une étude pilotée par l'Université de Genève

A la fin de la conférence, la parole a été donnée à Laurent Gautier, conservateur au Conservatoire botanique de Genève, spécialiste des herbiers, pour qu'il expose les techniques actuelles de conservation des plantes. Chaque herbier représente une collection précieuse de plantes sèches, munies d'une étiquette notant le lieu de la récolte, la date, le port, la couleur, l'habitat.

Les liens anciens entre Genève et Brison persistent de nos jours et il était heureux de le rappeler le 21 octobre 2004 avec l'aide de la Société genevoise d'utilité publique (SGUP), de son président, Christian Huber, de la commune de Brison et de celle de Chêne-Bougeries, qui accueillait cette manifestation dans sa salle communale, permettant ainsi la diffusion à Genève de la plaquette consacrée aux deux botanistes du 19e siècle, parue aux éditions  des "Amis du Vieux Brizon"en 2004.

Cette plaquette est encore en vente au
Shop du Jardin botanique, pour le prix de 15 francs suisses
ou peut être commandée chez Isabelle Richoz,
102, chemin de la Montagne, 1224 Chêne-Bougeries,
tél./fax 022 348 85 87 - e-mail irzpalli@vtx.ch

 

Bibliographie:

 - Plaquette: Deux botanistes exceptionnels de Brison, 2004, avant-propos de Paul Guichonnet, texte de Marie-Noëlle Miège, d'après les notes de son mari, Jacques Miège, abondamment complétées.

 - Notes prises lors de la conférence de Paul Guichonnet, avec ses annotations, 21 octobre 2004.

- Article de Fabienne Boisier, adjointe du maire de Brison "Sur les traces brillantes de la botanique", paru dans le Dauphiné Libéré du 30 octobre 2004.

Pour information :

Une visite du Jardin botanique de Genève  et des herbiers du Conservatoire botanique, mondialement connus, est vivement recommandée. Pour les horaires, téléphoner au 022 418 51 00.

 

AG 2004

de g. à dr.: Mme Michèle Terrier, M. Georges Demierre, M. Edwin Zurkirch, Mme Sonja Kuenzi

 

Rapport du Comité pour l'exercice 2003-2004
présenté par M. Christian Huber, président,
 à l'Assemblée générale de la
Société Genevoise d'Utilité Publique

mardi 15 juin 2004 à 17h15
au café restaurant de Trajets "la Plaine Lune"

 

J'ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à notre assemble générale. Je constate qu'elle a été régulièrement convoquée par notre convocation du 20 mai 2004. 

Je signale que diverses personnalités se sont excusées de ne pouvoir être présentes ce soir notamment M. Herbert Amman, directeur de la SSUP, Gilbert Coutau, président de la Chambre de Commerce, Mme Monique Vali, secrétaire générale de la Fondation officielle de la Jeunesse et Françoise Maillard-Struby présidente de la ligue genevoise contre le cancer.

Rapport du comité 2003-2004

Depuis notre dernière assemblée générale de juin 2003, et les festivités qui ont marqué le 175e anniversaire de notre société qui ont suivi, notre comité a poursuivi son activité au bénéfice de la communauté genevoise.

Fonctionnement du comité

Le comité a tenu 8 séances plénières dont deux hors les murs au Château de Penthes et aux Archives d'Etat, ainsi que plusieurs séances de sous commissions durant l'exercice écoulé.

Activités diverses :

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Promotion

Relevons tous d'abord l'effort de promotion fait grâce au bulletin commémoratif de notre 175e anniversaire, tiré à 600 exemplaires. Nous avons adressé quelque 100 exemplaires aux notaires de la place, aux autorités politiques cantonales et communales (Grand conseil et aux conseillers municipaux des communes genevoises). Cette action a permis d'obtenir quelques dons et nouvelles adhésions et de faire mieux connaître notre action.  

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Visite du Château de Pentes

Grâce à l'amabilité du comité de la fondation du Musée des Suisses dans le Monde, et en particulier de son président, M. Bénédict de Tscharner, nous avons pu tenir notre deuxième séance de comité au château de Penthes, et pu ainsi mieux connaître l'activité de la fondation et ses projets d'avenir. Un travail important est réalisé pour animer ces lieux magnifiques au moyen d'expositions temporaires. Nous remercions encore ici chaleureusement le président de la Fondation, M. Bénédict de Tscharner, son directeur M. Anselm Zurfluh, Nathalie Chavanne conservatrice ainsi que Jean-Marie Gerber de leur très aimable accueil.

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Le coeur des Grottes

A l'initiative d'Emmanuelle Richoz, une visite du Coeur des Grottes de l'Armée du Salut a été organisée. Rappelons que nous avions, il y a quelques années, contribué aux travaux de construction et de rénovation de ce centre, dont Claude Richoz s'était occupé. Nous avons été reçus par Mme Evelyne Gostelli qui anime le centre qui recueille une trentaine de femmes en difficulté. Le travail du Coeur des Grottes a été éclairé dans un article rédigé par Danièle Meynet, paru dans le Chênois dont vous trouverez la copie dans notre bulletin. La commune de Chêne-Bougeries a fait un don de CHF 10'000.-- à la suite de la parution cet article.

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Visite des Archives d'Etat

A l'initiative de Catherine Santschi, une séance de comité s'est tenue dans les locaux des Archives d'Etat. Cette séance fut l'occasion pour nous de faire une visite des archives, d'y consulter quelques anciens ouvrages et documents en particulier les archives de notre société.  

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Groupe de travail sur l'éthique et la responsabilité sociale des entreprises

Un groupe de travail autour de notre vice-présidente Véronique Nanchen, poursuit une réflexion autour de cette thématique. A l'heure des restrictions budgétaires de l'Etat qui touchent une partie des revenus des associations ainsi que des tensions du marché de l'emploi et des impératifs de rendement des entreprises il nous parait intéressant de remettre en lumière la question de l'intégration des entreprises dans leur environnement. Nous pensons en particulier ici à l'action concrète qu'elles apportent aux associations. Nous espérons pouvoir organiser un débat sur ce thème en automne.

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Soins palliatifs et choix des patients en fin de vie

Sujet polémique mais combien actuel que ce thème qui pose notamment la question des soins palliatifs, de l'acharnement thérapeutique et de la question de la fin de vie honorable. Cette question a donné l'occasion de débats nourris au sein de notre comité. Nous recommandons à nos membres et amis la lecture du passionnant ouvrage de François de Closets, " La dernière liberté" qui aborde cette thématique de façon courageuse.

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Projet Boissonnas

A l'initiative de notre président d'honneur Jean de Senarclens, notre comité s'est intéressé à la conservation dans notre ville d'une partie de la collection des fameux photographes Boissonnas (documents de la 2e partie du 19e siècle et du début du 20e sur notre cité). Ces plaques photographiques mériteraient à notre sens d'être acquises, restaurées et conservées à Genève. Jean de Senarclens a repris contact avec les héritiers pour connaître leurs souhaits. Un dossier a été remis à M. Patrice Mugny, président du département municipal de la culture lors d'une entrevue avec lui du 19 octobre 2003

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Mise à jour du site internet

Notre site a été mis à jour avec de nombreuses photos de notre fête de notre 175e anniversaire ainsi que le compte rendu de nos récentes manifestations. Merci encore à Nicole Seyfried, qui se charge bénévolement de cet important travail avec Marc Voltenauer.

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Festival du cirque (Association Alternance)

Votre président et Michèle Terrier participent au comité de l'association Alternance qui vise à lancer en 2005 un festival du cirque, des arts de la scène et de la rue à Genève. Cette initiative fait suite au succès du premier festival qui s'est tenu en 2003 sur le territoire des communes des 3 Chênes. Notre société apporte son soutien moral à cette initiative qui nous parait intéressante sur le plan culturel et du rayonnement de Genève. 

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L'esprit de Genève et l'Utilité Publique

Jean de Senarclens a rédigé un intéressant article paru dans la revue de la société suisse d'utilité publique qui parle de l'action de diverses personnalités de Gustave Moynier à Claude Richoz, article qui paraîtra également dans notre bulletin annuel.

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Promotion du livre du professeur A. Berchtold "Vocation journaliste - Trajectoire de Claude Richoz - 1929-2001"

Nous avons apporté notre soutien logistique à la diffusion de ce livre, écrit par le professeur Berchtold qui fut un proche ami de Claude, et dont l'édition fut possible grâce à la Grande générosité de la Fondation Oltramare. Le livre rencontre un bon succès. Divers journaux se sont fait l'écho de sa parution, le dernier étant paru, grâce à l'initiative de notre société, dans la "Vie Protestante" du mois de mai 2004.

Cotisations

Votre comité propose de maintenir les cotisations à leur niveau actuel (CHF 40.-- par personne. CHF 500.-- membre à vie et CHF 100.-- pour les sociétés et institutions).

Remerciements

Je ne voudrais pas ici omettre de remercier une nouvelle fois Pierre Ischi de l'action qu'il a menée durant deux ans à la tête de la société ayant piloté de nombreux projets notamment les cérémonies de notre 175e anniversaire qui restent dans les mémoires de nos membres et amis. Pierre fait le choix de ne pas rejoindre notre comité comme il en aurait eu la possibilité après son année sabbatique. Nous le regrettons et nous lui exprimons ici une nouvelle fois notre gratitude et notre amitié. 

Il faut ici souligner à nouveau l'activité de Jean de Senarclens, qui contribue toujours de façon marquante à nos travaux. Qu'il soit ici à nouveau chaleureusement remercié.

Nos sentiments de gratitude vont aussi à nos vice-présidents Véronique Nanchen et Edwin Zurkirch qui renouvellent leur soutien malgré leurs emplois du temps chargés. Emmanuelle Richoz, notre secrétaire dynamique pleine d'idées et d'esprit de bénévolat et tous ceux qui par leur action à titres divers (comme ou le Professeur A. Berchtold, Isabelle Richoz ou Danièle Meynet) contribuent à notre action.

Rapport de la trésorière

Par modestie, notre trésorière Sonja Kuenzi m'a demandé de bien vouloir lire son rapport. Vous n'aurez donc pas le plaisir de l'entendre ce soir. Je tiens toutefois à la remercier de son remarquable travail.

En conclusion, notre situation financière et de revenus est saine ceci grâce à au strict contrôle de nos coûts et à la générosité des sponsors et donateurs qui nous ont aidé à organiser les festivités de notre 175e anniversaire.

Rapport des vérificateurs des comptes

Nous avons enregistré avec vif regret le décès de M. Renaud de Watteville qui fut l'un de nos vérificateurs aux comptes durant de longues années. Il était encore présent parmi nous l'année passée. Au nom du comité je tiens ici à manifester notre gratitude pour son activité au bénéfice de notre société et adresser à son épouse nos sincères condoléances.

Je passe donc la parole à Bertrand Tournier qui va nous lire son rapport.

Mille mercis à lui de son travail.

Election du comité

Deux membres ont accepté de nous rejoindre après leur année sabbatique. Il s'agit de Catherine Santschi et Muriel Gabus-Siki. 

Le reste du comité est inchangé. Nous vous proposons donc d'élire le comité 2004-2005 qui sera composé des personnes suivantes :

Marilyne Borrello-Ménétrey, Georges Demierre, Nicole Fatio, Bruno Florinetti, Muriel Gabus-Siki, Christian Huber, Rémy Jequier, Sonja Kuenzi, Véronique Nanchen, Emmanuelle Richoz Zogg, Catherine Santschi, Michèle Terrier, Olivier Vodoz, Marc-Andréas Voltenauer, Christian Wellhauser et Edwin Zurkirch. 

Jean de Senarclens reste associé à nos travaux de façon permanente en sa qualité de président d'honneur.

Election des vérificateurs aux comptes

Bertrand Tournier accepte de poursuivre sa tâche pour l'exercice qui vient. En remplacement de M. de Watteville, Elisabeth Perrier, cadre bancaire à Genève, au bénéfice d'une formation en sciences politiques et d'une vaste expérience dans le domaine financier, accepte de prendre cette tâche. Nous proposons donc sa candidature.  

Conclusion

Il me reste ici à vous remercier tous de votre participation à notre assemblée qui marque l'intérêt que vous portez à nos travaux au bénéfice de la communauté genevoise et vous souhaitez à tous une excellente soirée.  

Christian Huber

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